Entre Ciel et Lou de Lorraine Fouchet

Titre : Entre Ciel et Lou

Auteur : Lorraine Fouchet

Genre : Roman français

Editions : Le livre de poche anciennement publié aux éditions Héloïse d’Ormesson

Date de sortie : 22/03/2017

Présentation

Bretagne. Jo prévoit de profiter d’une joyeuse retraite sur l’île de Groix. Mais la deuxième vie qu’il imaginait au côté de sa bien-aimée, il devra l’inventer seul. Son épouse est partie avant lui, en lui lançant un ultime défi : celui d’insuffler le bonheur dans le cœur de leurs enfants. Il n’a d’autre choix que d’honorer Lou, sa mémoire et ses vœux. Entre un fils sur la défensive et une fille cabossée par l’amour, la mission s’avère difficile mais réserve son lot d’heureuses surprises – car il n’est jamais trop tard pour renouer. En famille, on rit, on pleure, on s’engueule et, surtout, on s’aime !

Auteur

Lorraine Fouchet est une écrivain, scénariste, docteur en médecine, née le 22 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine.

Mon avis

J’ai tant à dire sur ce roman. Si au début, ce sont la curiosité et les commentaires positifs qui m’ont amenée à lui, ce n’était pourtant pas gagné. Je n’apprécie pas particulièrement les histoires qui tournent autour d’un deuil et moins encore les conflits familiaux qu’un tel drame peut résoudre. Après coup…Avec ce genre de romans, on tombe vite dans la sensiblerie et ce n’est pas du tout ma tonalité préférée. Eh bien, dans Entre Ciel et Lou, nous avons tous ces ingrédients, néanmoins, la recette est différente : plus légère, moins compacte et de ce fait bien plus savoureuse.

J’ai trouvé les personnages très attachants ; tous sans exception. Jo, le veuf inconsolable et le père absent qui essaie de se rattraper ; Cyrian, le fils qui prend le chemin du père ; son épouse, la glaciale Albane et leur fille la  » princesse  » Charlotte. Puis, Sarah : la fille abîmée par la maladie, Pomme : l’intelligente petite fille…Une belle galerie de portraits est présentée dans ce roman choral qui donne, tour à tour, la parole à chacun. Et là, on se dit que personne n’est épargné, que les blessures de l’enfance sont décidément bien difficiles à panser et que parfois, toute une existence ne suffit pas. L’auteure nous apprend à regarder au-delà des apparences, nous démontre qu’une personnalité froide peut cacher un être en grande souffrance mais qu’en s’épaulant, rien n’est jamais perdu lorsqu’on est une famille. Une belle morale sans fioritures et joliment racontée. Des chapitres très courts qui donnent du rythme. Une écriture fluide pour une palette d’émotions qui m’a fait osciller entre sourires et yeux embués. C’est drôle, c’est tendre, ça fait du bien. Et ça amène à une question à laquelle il est parfois difficile de répondre. LA question : Est-on heureux ou vivons-nous juste des moments de bonheur ?

La postface dans laquelle Lorraine Fouchet se livre est également très émouvante. J’ai pris plaisir à la découvrir. Et puis… j’ai très envie de me rendre sur l’île de Groix, un personnage à part entière dans cette œuvre qui nous donne envie de goûter à la quiétude de la vie insulaire.

Le seul petit bémol : la disparue qui voit ce qui se passe ici bas et à qui l’auteure a donné la parole.

Si vous êtes à la recherche d’une douce lecture, je vous conseille celle-ci 🙂

Publicités

Montmartre ensorcelé d’Alexis Boucot

Titre : Montmartre ensorcelé

Auteur : Alexis Boucot

Genre : Roman français / Fantasy urbaine

Editeur : Marivole Editions

Date de sortie : 05/10/2017

Présentation

Le cœur de Montmartre et ses personnages hauts en couleur, le boulevard de Clichy et ses cabarets, la Belle Epoque de l’insouciance et du divertissement, celui du vieux Paris de 1900 qui vit les sursauts du progrès, du modernisme et de l’urbanisation. C’est aussi le décor pittoresque du maquis que traversent les besogneux, les artistes et les rôdeurs du soir. Quant aux enfants de cette histoire, ils aspirent à la liberté et à l’aventure hors de l’orphelinat. La magie apparaît au coin de la rue comme une échappatoire à leur mauvaise fortune. Elle les mène au mystérieux château des Brouillards puis dans les sinistres catacombes. Le surnaturel fait irruption dans un récit à suspense truffé de rebondissements. L’auteur restitue ici une époque de la vie parisienne à la frontière de l’étrange et du merveilleux, un genre qui n’est pas sans rappeler celui de la fantasy urbaine.

Auteur

Originaire de la Nièvre et parisien d’adoption, l’auteur poursuit ses études à Censier, s Alexis Boucot se passionne pour la littérature, le jazz, l’Histoire et devient membre actif de l’amicale des anciens prisonniers de guerre français. Il participe en 2012 au salon du livre L’oeil et la plume, écrit en 2013 son premier roman : Les bêtes à pain et collabore avec les éditions CPE pour la rédaction de textes dans l’Almanach nivernais et dans l’Almanach des 70 ans de la libération de la France.

Mon avis

Tout d’abord, je voudrais remercier les éditions Marivole pour cet envoi. J’avoue que sans ce partenariat, je ne me serais probablement jamais tournée vers Montmartre ensorcelé, une lecture atypique qui me sort totalement de ma zone de confort.

Par la très jolie plume d’Alexis Boucot, que je viens de découvrir, j’ai fait un beau voyage  dans le temps et dans l’espace. Je me suis retrouvée dans le Montmartre du début du 20 ème siècle. Les descriptions sont extrêmement fortes de réalisme. On s’y croit et la sensation est plus qu’agréable. Le vocabulaire utilisé est très riche et le registre parfois soutenu, notamment au début de l’œuvre. Les références à cette époque sont nombreuses. Heureusement, la présence des notes de bas de page sont d’une aide précieuse. On sent derrière les mots de l’auteur un important travail de recherches.

J’ai pris plaisir à déambuler dans les rues de ce quartier de la capitale dans lequel se retrouvent orphelins, garçons de rue, artistes et bourgeois. Je me suis attachée aux personnages : Joane, Valentine, Felix, ces enfants qui vont vivre une expérience fantastique, au sens propre comme au sens figuré. Mais aussi à Valgar, le magicien qui va leur permettre de s’évader pour un temps des murs de l’orphelinat et de ses règles très strictes. Ora et Labora.

Une superbe palette de personnages pour une magnifique carte postale de la capitale, le tout saupoudré d’une pincée de fantastique. Un mélange des genres où le réel côtoie le merveilleux et la bonté la méchanceté.

Une lecture atypique qui permet de sortir des sentiers battus.

Et vous avez eu beau temps ? Philippe Delerm

Titre : Et vous avez eu beau temps ?

Auteur : Philippe Delerm

Genre : Littérature française

Editions : Seuil

Date de sortie : 04/01/2018

Présentation

Est-on sûr de la bienveillance apparente qui entoure la traditionnelle question de fin d’été :  » Et… vous avez eu beau temps ?  » Surtout quand notre teint pâlichon trahit sans nul doute quinze jours de pluie à Gérardmer… Aux malotrus qui nous prennent de court avec leur  » On peut peut-être se tutoyer ? « , qu’est-il permis de répondre vraiment ?

À la ville comme au village, Philippe Delerm écoute et regarde la comédie humaine, pour glaner toutes ces petites phrases faussement ordinaires, et révéler ce qu’elles cachent de perfidie ou d’hypocrisie. Mais en y glissant également quelques-unes plus douces, Delerm laisse éclater son talent et sa drôlerie dans ce livre qui compte certainement parmi ses meilleurs.

Auteur

Résultat d’image pour philippe delerm

Fils d’enseignants, Philippe Delerm suit des études de lettres à la faculté de Nanterre avant de devenir enseignant à son tour. Il envoie ses premiers manuscrits en 1976, se heurtant d’abord à des refus d’éditeurs. En 1983, La Cinquième saison suscite l’intérêt, mais c’est son recueil de poèmes en prose, La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, qui le fait connaître du grand public en 1997.

Inventeur d’un genre dont il est l’unique représentant,  » l’instantané littéraire « , Philippe Delerm s’inscrit dans la lignée des grands auteurs classiques qui croquent le portrait de leurs contemporains, tel La Bruyère et ses Caractères. Il est l’auteur de nombreux livres à succès, dont La Première Gorgée de bière, Je vais passer pour un vieux con ou Sundborn ou les Jours de lumière (Prix des Libraires, 1997).

Mon avis

Une petite lecture aux apparences légères. Mais, quand on y regarde de plus près, on constate alors le sens aigu de l’observation de l’auteur. En lisant ces petites phrases à première vue anodines, je me suis surprise à plusieurs reprises à penser  » Ah oui, c’est vrai ». Pour chacune d’entre elles, l’auteur que je découvre avec ce dernier opus, consacre une à deux pages. A la fin de chaque « chapitre », je me suis demandée sur quelle réflexion Philippe Delerm allait ensuite m’amenée. Les surprises se multiplient dans ce petit livre de 159 pages où l’humour est à l’honneur. Cet humour qui sert d’arme aux faux bienveillants dont la société regorge. Des surprises que j’ai appréciées mais qui globalement m’ont un peu lassée. Bien sûr, je ne saurais remettre en cause les incontestables qualités littéraires de cet écrivain.

Un livre vite lu. Une fois de plus, la troisième dans cette mini chronique, c’est le mot « surprise » qui me vient à l’esprit car j’aurais aimé être davantage étonnée alors que je me suis juste contentée d’acquiescer de temps à autre.

J’ai l’intention de lire d’autres livres de cet auteur car, si celui-ci n’a pas complètement satisfait mes attentes de lectrices, sa jolie plume m’a donné envie de le découvrir à travers d’autres de ses écrits.

 

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

Titre : Dans le café de la jeunesse perdue

Auteur : Patrick Modiano

Genre : Littérature française

Editions : Folio

Date de sortie : 08/01/2009

Présentation

Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne. Pas seulement le soir, mais au creux de ces après-midi d’été où vous ne savez plus très bien en quelle année vous êtes. Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres. L’Eternel Retour.

 Auteur

Résultat d’image pour patrick modiano

Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, «La Place de l’étoile», paru en 1968. Avec « Catherine Certitude », il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960. Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014.

Mon avis

Un roman mélancolique. Tel est le premier qualificatif qui me vient à l’esprit en refermant Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano.

De sa plume élégante, l’auteur s’attache à un thème fort : La quête de l’identité. Les personnages se cherchent à travers leurs errances dans les rues de Paris (la ville apparaît comme un personnage à part entière sans doute même le plus captivant) et leurs réunions dans le café Le Condé. Ils semblent s’être trouvés, ces gens qui ont tant de choses à dissimuler. Aux autres. A eux. Ils passent une grande partie de leurs journées ensemble et pourtant, ils se méconnaissent, s’inventent des vies auxquelles ils croient sans doute eux- mêmes.

L’errance et la quête de soi sont souvent liées en littérature. Parce que marcher c’est réfléchir, ranger, trier…Les personnages s’y efforcent.

Un roman un peu fade, trop léger dans les mots, à mon sens, avec une héroïne qui manque de charisme mais très riche en interrogations. On se questionne sur notre rapport aux autres mais aussi et surtout à nous-même. Se connaît-on vraiment ? Connaît-on complètement quelqu’un ? Quels sont nos buts dans la vie ?

J’ai trouvé intéressant le fait qu’il y ait plusieurs narrateurs, plusieurs points de vue. Mais un seul point commun : la détresse, alors encore plus palpable.

J’attendais plus, bien plus, de ces réunions dans le café, un lieu qui peut-être si riche et qui, ici, n’a pas été suffisamment exploité.

Je suis tout de même heureuse d’avoir fait connaissance avec ce grand auteur dont je découvrirai assurément d’autres textes.

Trois baisers de Katherine Pancol

Titre : Trois baisers

Auteur : Katherine Pancol

Editeur : Albin Michel

Genre : Littérature française

Date de sortie : 04/10/2017

Présentation

Trois baisers, trois baisers et l homme caracole, libre, flamboyant, crachant du feu et des étoiles. Ses sens s affolent, il voit mille lucioles, des pains d épices, des incendies… Ils sont de retour, tous les personnages chers à Katherine Pancol et à ses lecteurs. Et ça crépite ! Les histoires se nouent, s’emmêlent, se tendent, éclatent, repartent. On craint le pire, on espère, on respire, on retient son souffle jusqu’à la dernière ligne. Des rencontres, des espoirs, des trahisons, des soupçons, des idylles qui surgissent sans prévenir. Et des baisers qui vont se poser là où on ne les attendait pas. Les vies sont chamboulées. Il faut tout recommencer. Ou tout remettre d’aplomb. On ne sait plus très bien. On n’est plus sur de rien. Chacun s’embarque dans de nouvelles aventures. Certains révèleront leur côté obscur, d’autres verront leur destin scellé, tous auront le cœur battant.

L’auteure

Katherine Pancol

Après avoir été professeur de lettres puis journaliste, Katherine Pancol écrit un premier roman en 1979 : Moi d’abord. Elle part pour New York en 1980 suivre des cours de creative writing à Columbia University. Suivront de nombreux romans dont Les hommes cruels ne courent pas les rues, J’étais là avant, Un homme à distance ou encore Embrassez-moi. Elle rentre en France en 1991. En 2006, ses lecteurs découvrent Les Yeux jaunes des crocodiles puis La Valse lente des tortues en 2008 et Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi en 2010, une trilogie au succès exceptionnel. En 2014 paraît Muchachas.

Mon avis

Trois baisers fait suite à deux trilogies :

Les Yeux jaunes des crocodiles - Prix Maison de la Presse 2006La Valse lente des tortuesLes Écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Muchachas 1 pocheMuchachas 2 pocheMuchachas 3 poche

Deux trilogies que j’avais adorées.

Si je suis aujourd’hui heureuse de retrouver des personnages qui me sont familiers, je dois dire que mon enthousiasme quant à cet opus est assez limité. Je ne trouve pas que ce dernier apporte réellement un plus à l’histoire déjà en place précédemment. Si la situation de quelques personnages évoluent, 850 pages pour arriver à ce point me semble trop. Bien trop. J’ai pourtant lu ce livre en peu de temps. Je l’ai dévoré comme j’aurais regardé une série à la TV en me disant :  » Tiens, que devient un tel ou un tel ? Que va-t-il se passer pour l’un ou pour l’autre « . Mais…c’est tout. Seule la curiosité m’a aidée à avancer. Et je le déplore. Je regrette de ne pas avoir pris un réel plaisir à découvrir les aventures de personnages que j’avais adorés. Et pour cause, il ne leur arrive pas grand chose. Des redondances à n’en plus finir. Des longueurs qui s’étirent. Des répétitions, encore et encore. De la vulgarité pas toujours nécessaire, une écriture qui n’est pas des plus élégante et que les faibles péripéties ne viennent en aucun cas rehausser.

Malgré tout je me suis accrochée. Au nom du passé 😉 Mais mon constat final sera à l’image de celui que j’avais cru faire de façon un peu trop prématurée lors des premières pages. C’est fade. Je n’irais pas jusqu’à employer le terme « ennuyeux » mais j’utiliserais aisément celui de « décevant ». L’histoire, si on peut parler d’histoire, n’est pas à la hauteur des personnages et de leurs personnalités souvent hors du commun. Des personnalités ici étouffées. Dommage. Si l’auteure prévoit une suite, il faudrait vraiment qu’elle nous surprenne !

La succession de Jean-Paul Dubois

Titre : La succession

Auteur : Jean-Paul

Editions : Points

Genre : Littérature française

Date de sortie : 05/10/2017

Présentation de l’éditeur

Sous le soleil de Miami, entre deux tournois de cesta punta, Paul et son chien s’exercent à la pratique du bonheur. À Toulouse, son père, le docteur Adrian Katrakilis, se suicide. Une habitude, presque un art de vivre dans cette étrange famille. De retour en France, Paul sera confronté à la réalité d’un héritage qu’il n’imaginait pas, une terrifiante succession.

L’auteur

Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse, où il vit actuellement. Il a suivi des études de sociologie puis a été journaliste au service des sports de Sud-Ouest, au Matin de Paris, avant de devenir grand reporter au Nouvel Observateur. Particulièrement discret, le petit texte qui le présente est le même sur tous ses livres et il est très difficile d’obtenir d’autres informations sur son compte. Le succès de ses derniers livres, en multipliant les interviews, a légèrement desserré l’étau, mais on est surtout frappé de constater qu’il réussit à parler longuement tout en ne disant que très peu de choses sur lui-même.

Il a obtenu le prix Femina en 2004 pour Une vie française.

Mon avis

Merci aux Editions Points pour cette belle découverte. Un roman différent de mes lectures habituelles que la quatrième de couverture m’a incitée à approcher.

Certaines personnes sont immanquablement vouées au bonheur alors que d’autres sont prédisposées à la tristesse. Quoi qu’elles fassent, quels que soient leurs choix, leurs journées sont désespérément grises et leurs lendemains plus sombres encore. Parfois, une lueur d’espoir vient égayer leur morne quotidien, mais l’éclaircie reste de courte durée. Paul Katrakilis, le narrateur et protagoniste de La succession, médecin de formation, joueur professionnel de pelote basque fait partie de ces personnes. Il se dégage de cet homme, du début à la fin de l’œuvre, une profonde mélancolie. Plus que ça encore : une tristesse abyssale. Même dans les rares moments de joie que connaît le protagoniste, le lecteur sent planer la tragédie qui ne saurait se faire attendre de trop.

J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Paul, le personnage principal, et presque unique ajouterais-je. Celui-ci prend toute la place dans cet opus narré à la première personne du singulier. Certes, beaucoup de personnages sont cités mais peu sont présents. Quant à ceux qui le sont, ils sont rapidement éclipsés par le personnage…et sa peine qui ne le quitte que rarement. Une peine contagieuse qui m’a touchée jusqu’à parfois me déranger tant elle était intense.

La succession est un livre que j’ai appris à aimer au fil des mots ; au fil des révélations du personnage sur les différents membres de sa famille et sur sa propre personne. A la lecture des premières pages, lorsque le protagoniste se plait à parler de ses ancêtres, des longueurs ont dérangé ma lecture. J’étais pressée de savoir où voulait en venir Jean-Paul Dubois. Puis, j’ai réalisé que cette étape du récit était nécessaire à une meilleure compréhension. Sans nul doute, elle apporterait par la suite des réponses. Ne dit-on pas qu’un adulte est façonné par son enfance ? Ne cesse-t-on pas de clamer l’importance de cette période dans la vie d’un Homme ? N’est-il pas parfois plus aisé de s’ouvrir à des inconnus plutôt qu’à ses proches ? Ces réflexions prennent dans cette œuvre tout leur sens.

Un roman empreint d’une grande sensibilité avec, en son centre, un personnage que personnellement, j’ai eu envie de toutes mes forces de sauver et d’écarter de son destin.

Et puis bien sûr, la très belle plume de Jean-Paul Dubois pour nous conter tout cela…

 

Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

Titre : Corniche Kennedy

Auteur : Maylis de Kérangal

Genre : Littérature française

Edition : Folio

Date de sortie : 16/04/2010

Présentation

«Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize en dix-sept, et c’est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison.» Le temps d’un été, quelques adolescents désœuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe. Entre tolérance zéro et goût de l’interdit, les choses vont s’envenimer… Âpre et sensuelle, la magie de ce roman ne tient qu’à un fil, le fil d’une écriture sans temps morts, cristallisant tous les vertiges.

Auteur

Maylis de Kerangal est une femme de lettres française, née le 16 juin 1967 à Toulon. Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle étudie en classe préparatoire au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen et ensuite à Paris de 1985 à 1990 l’histoire, la philosophie et l’ethnologie.

Editrice, Maylis de Kerangal travaille successivement pour les éditions du Baron perché, aux Guides et au secteur jeunesse de Gallimard. Egalement écrivain, elle est l’auteur des romans, Je marche sous un ciel de traîne (2000), La Vie voyageuse (2003) et d’un recueil de nouvelles très remarqué : Ni fleurs ni couronnes (2006) dont l’une des nouvelles a été adaptée en moyen métrage. Membre du collectif Inculte, elle participe à l’écriture de Une chic fille, librement inspiré de la vie Anna Nicole Smith, en collaboration plusieurs auteurs dont François Bégaudeau. En 2008, paraît Corniche Kennedy, un texte lumineux sur la jeunesse marseillaise. Son roman Naissance d’un pont, reçoit  le prix Médicis 2010 (Verticales, 2010) et Tangente vers l’Est concours pour le prix Orange du Livre 2012. En 2014, Réparer les vivants (Verticales), grand prix RTL Lire, reçoit également le prix Le roman des étudiants France Culture-Télérama et le Prix Orange du livre. Le texte est adapté, mis en scène et joué sur les planches par le comédien Emmanuel Noblet à la Condition des Soies, l’un des très jolis lieux du festival off d’Avignon en juillet 2015. Le spectacle rencontre un vif succès.

Mon avis

Je commencerais en disant que cette découverte est loin d’être un coup de cœur. J’avais eu des échos sur cette auteure, notamment pour son roman Réparer les vivants dont on a beaucoup parlé mais dont la lecture ne me tentait pas et ne me tente toujours pas. Un jour peut-être… Lors d’un petit tour chez mon libraire, je suis tombée sur Corniche Kennedy, qui apparemment est imposé en classe de seconde.

Le fait que l’histoire se déroule à Marseille a attisé ma curiosité, étant moi-même « presque » marseillaise. Je ne vis qu’à quelques minutes de cette ville que je ne porte pas particulièrement dans mon cœur.

Les premières pages de lecture furent pénibles. De longues descriptions, ce qui de coutume, a plutôt tendance à me séduire, mais ce ne fut pas le cas ici. Des phrases plus longues encore, trop longues, dont le sens m’échappait parfois tant je me perdais au milieu de cette succession de mots qui n’en finissait pas. Puis, je me suis faite au style. A cette façon si particulière d’introduire les dialogues dans le récit. A la tonalité de celui-ci.

Je me suis accrochée et je ne le regrette. Cette bande de gamins délaissés par leurs parents a quelque chose d’attachant. Voilà le constat auquel je suis arrivée au fil des pages. Livrés à eux-mêmes, on a envie de les « sauver », de leur montrer « le droit chemin », de les mettre en garde contre les dangers de l’extérieur. De voir plus loin que ce qu’ils veulent bien juste montrer. D’essayer de les comprendre. Un personnage m’a particulièrement touchée : le jeune Mario. Il n’a pas de cadre, il ment impunément mais, à mes yeux, il est émouvant car bien sûr, je lui ai trouvé des circonstances atténuantes à cet enfant qui n’a rien de méchant et qui veut juste jouer au grand.

L’auteure nous présente une vision assez manichéenne de la vie : d’un côté, les forces de l’ordre représentées ici par Sylvestre Opéra et de l’autre ces ados, la plupart issus des quartiers nord de la ville, qui bravent de petits interdits afin de satisfaire leur soif de liberté. Au milieu d’eux, une petite nouvelle venue des beaux quartiers et qui va semer le trouble dans leur quotidien bien huilé.

Je déplore toutefois que ce soit encore ce type de jeunesse qu’on associe à Marseille. Une jeunesse oisive, qui passe son temps à tuer le temps et à se sentir exister en s’opposant aux lois. Et nous lecteurs, grâce à l’habilité de l’auteure, nous entrons dans ce monde, presque prêts à croire que cette réalité qui est la leur est une vérité.