Natt – Ragnar Jonasson

Titre : Natt

Auteur : Ragnar Jonasson

Edition : La Martinière

Genre : Polar nordique

Date de sortie : 08/03/2018

Présentation

C’est l’été à Siglufjördur. Le climat de ce village du nord de l’Islande est si rude que le jeune policier Ari Thór voit arriver avec soulagement cette saison où le soleil brille à toute heure du jour et de la nuit. Mais le répit est de courte durée. Un homme battu à mort est découvert sur les bords d’un fjord tranquille. Une jeune journaliste vient fouiner d’un peu trop près. Que cherche-t-elle à découvrir ? Ou à étouffer ?
Surtout, l’éruption spectaculaire de l’Eyjafjallajökull recouvre peu à peu toute l’Islande d’un épais nuage de cendres. Cette étrange  » nuit  » – nátt, en islandais – fait remonter les secrets les plus enfouis. Personne ne sera épargné. Pas même Ari Thór, qui doit pourtant boucler son enquête au plus vite, s’il veut éviter de nouveaux crimes.

Auteur 

Ragnar Jonasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur. Grand lecteur d’Agatha Christie dès son plus jeune âge, il entreprend la traduction, à 17 ans, de quatorze de ses romans en islandais. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers Iceland Noir.

C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Jónasson et vendu les droits de la série « Dark Iceland » dans dix-huit pays.

Mon avis 

Je déclare la saison 2018 des polars nordiques ouverte ! Je dois dire, que j’en ai quelques uns sous le coude et je m’en délecte d’avance…

Je retrouve Ragnar Jonasson dont j’adore la façon de mener les intrigues. Alors, si vous êtes amateurs d’actions je vous conseille de passer votre chemin. Si vous aimez prendre votre temps, ce polar vous intéressera sans doute. Je m’explique.

C’est bien connu, les polars scandinaves et nordiques sont réputés pour leur rythme, souvent qualifié de lent. Personnellement, c’est ce que j’aime dans ces polars. On prend son temps. On admire le paysage. Je dirais même, on se fond dans celui-ci. L’amour de l’auteur pour son pays ne fait aucun doute. Il nous dépeint l’Islande et ses beautés comme si on y était. Au delà de planter le décor, Ragnar Jonasson prend le temps de nous présenter les personnages. Il n’est pas rare que celui-ci se penche sur leur passé et nous narre leur enfance. Une fois de plus, tout est une question de goût. Certains trouveront ces passages inutiles car, tout ce qu’ils attendent, c’est l’avancement de l’intrigue. Je ne fais pas partie de cette catégorie là. Je prends énormément de plaisir à faire connaissance avec les personnages, à découvrir l’Islande. La résolution du crime n’est pas ma priorité. L’ambiance décrite est bien trop agréable pour que je veuille m’en détacher.

L’histoire racontée dans Natt se passe entre Sjnor et Mork. Je vais maintenant devoir lire Sott, le quatrième opus de l’auteur afin de découvrir la suite des aventures de Ari Thor, ce flic dont j’apprécie tant la personnalité. Taiseux, réfléchi, même si il perd parfois son sang froid, sa personnalité est assez intrigante. On en apprend à chaque fois un peu plus sur lui. Je suis certaine que l’auteur nous réserve encore quelques belles surprises…

Si les pièces du puzzle mettent du temps à s’assembler, le résultat est assez époustouflant. Si les policiers et la journaliste rencontrent quelques difficultés au début de leurs investigations, ce qu’ils vont découvrir sera à la hauteur de leurs attentes. Ainsi que de celles des lecteurs ! 😉

J’ai de plus en plus envie de découvrir ce pays moi ! 🙂 En attendant je vais lire le quatrième volet…

 

 

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Organigramme – Jacques Pons

Titre : Organigramme

Auteur : Jacques Pons

Genre : Thriller

Editeur : Hugo Roman collection Hugo Thriller

Date de sortie : 20/09/2018

Présentation

La vision sans exécution n’est qu’hallucination.

Telle est la devise du célèbre patron de la Maison Louis Laigneau, fleuron du luxe français. Martelée en chaque occasion, de séminaires de créativité entre beautiful people en conference calls des membres du CoDir, elle va également devenir celle d’un tueur dont le seul but est d’anéantir de façon brutale, méthodique et cruelle l’intégralité de l’entreprise et de ses salariés. Quelles sont ses motivations? Quelles sont réellement ses cibles? Pourquoi un tel déferlement de haine froide?
Une chose est sûre: rien ni personne ne sera épargné dans la réalisation de ce mortel projet.

Auteur 

Passionné de littérature, de voyages et de gastronomie, Jacques Pons travaille depuis plus de quinze ans dans l’univers de la mode. C’est cette expérience qui lui a inspiré l’écriture d’Organigramme, dans le cadre du concours du meilleur thriller 2018 présidé par Michel Bussi 2018, pour lequel il a reçu le Coup de coeur RTL.

Organigramme est son premier roman.

Mon avis 

Coup de cœur RTL 2018.

Tout d’abord, je souhaiterais remercier les éditions Hugo Thriller pour cette découverte.

Nous voilà plongés au cœur du monde impitoyable de l’entreprise. Dans le secteur de la mode qui plus est…aurais-je envie de rajouter. Dans la maison Louis Laigneau, le président directeur général Angelo Bertani fait régner la terreur auprès de ses employés. Tout comme certains autres membres de la direction. CREATIVITE- VISION- EXECUTION sont les mots d’ordre.

EXECUTION. Bien avant que le drame ne débute, l’atmosphère, lourde, très lourde, est plus que palpable. Les secrets sont nombreux. Le malaise grandissant. Les drames se succèdent. L’auteur est sans pitié. L’horreur des meurtres n’est pas plus terrible que l’attente, insupportable, qui s’écoule entre chacun d’eux. Insupportable dans le sens où l’on sent qu’un nouvel événement tragique est en préparation. Jusqu’où ira le tueur ? Sa folie semble ne pas avoir de limites. Mis à part quelques rares détails la dimension psychologique l’emporte haut la main sur le côté  » gore « , ce qui n’est pas pour me déplaire. Le stress professionnel, la dureté du management, la tension qu’a vécue les employés de cette maison connue et reconnue a crée de nombreux dégâts, voilà ce que veut mettre en exergue l’auteur. Et il y parvient très bien. Basculer  » de l’autre côté  » n’arrive pas qu’aux autres. Le burn out arrive parfois plus vite qu’on le croit. Certains donneraient tout pour réussir jusqu’à perdre une partie d’eux même.

Un portrait très réaliste, avec des dommages collatéraux heureusement peu répandus (!), de l’intérieur d’une prestigieuse enseigne, le tout décrit avec une plume que je qualifierais de belle. J’ai trouvé l’écriture de ce thriller particulièrement soignée, ce qui n’est pas toujours un point que je retiens dans une œuvre appartenant à ce genre littéraire.

Pour finir, et sans trop en dévoiler, je saluerai ce parallèle entre les beaux quartiers de la capitale et les banlieues. Que ce soit d’un point de vue géographique ou bien éthique, ces deux mondes ne sont finalement pas si éloignés lorsqu’il s’agit d’ organigramme…

 

 

L’ordre du jour – Eric Vuillard

Titre : L’ordre du jour

Auteur : Eric Vuillard

Edition : Actes Sud

Genre : Littérature française

Date de sortie : 29/04/2017

Présentation

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.

Auteur 

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Ecrivain et cinéaste né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard a reçu le prix Ignatius-J.-Reilly 2010 pour Conquistadors (Léo Scheer, 2009), le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour Congo et La bataille d’Occident (Actes Sud, 2012). Egalement parus chez Actes Sud : Tristesse de la terre (2014), prix Joseph-Kessel 2015, et 14 juillet (2016), prix Alexandre-Vialatte 2017.

Mon avis 

Un livre que j’ai lu par curiosité. J’en avais, bien sûr, beaucoup entendu parler l’année dernière suite au prix qu’il avait reçu. Si je ne l’avais pas vu trôner fièrement sur l’étagère de la médiathèque de ma commune, je ne suis pas certaine que je l’aurais lu.

Je sors de ma zone de confort. J’en suis même à des lieues. Qu’en dire alors ?

Un récit intéressant qui m’a permis de me pencher sur un sujet sur lequel j’ai bien des lacunes. Je l’ai trouvé tout à fait abordable et plutôt agréable à lire car il va à l’essentiel.  Un chapitre de l’histoire qu’on ne peut oublier et qui nous est bien conté même si ce n’est pas la qualité littéraire qui est ici, à mes yeux, sur le devant de la scène, mais davantage les événements historiques. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce que le livre soit basé aux trois-quarts sur l’Anschluss.

Un moment agréable donc. De là à lui accorder le Prix Goncourt…Je ne sais pas…

Les primates de Park Avenue – Wednesday Martin

Titre : Les primates de Park Avenue

Auteur : Wednesday Martin

Edition : 10 X 18

Genre : Littérature étrangère

Date de sortie : 21/06/2018

Présentation

Wednesday Martin débarque de son Midwest natal dans l’Upper East Side, le quartier le plus huppé de Manhattan, avec son mari et ses deux enfants. Le rêve se transforme rapidement en cauchemar. Wednesday est sur le territoire des primates les plus riches de la planète. Une enclave hostile peuplée de femmes au foyer surdiplômées, glamour, mariées à des patrons de fonds spéculatifs et totalement dévouées à la réussite de leur progéniture. Armée d’un calepin et d’un crayon, Wednesday Martin consigne, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, les rites, les mœurs, les contradictions et les peurs de ces mères richissimes en quête obsessionnelle de perfection.

Auteur 

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Wednesday Martin est née et a grandi dans le Michigan. Anthropologue, elle écrit pour Harper’s Bazaar, le Huffington Post et le New York Times – dans lequel elle a fait polémique en révélant l’existence du  » bonus d’épouse « .

Mon avis

Ceci n’est pas une fiction !

Bienvenue dans l’Upper East Side. Après avoir vécu dans le Michigan, Wednesday Martin, anthropologue, décide de s’installer à New York. Ce n’est qu’après quelques années passées dans la ville qui ne dort jamais que son mari et elle rejoignent le quartier chic de l’Upper East Side et y fondent une famille. L’anthropologue va mêler vit personnelle et vit professionnelle lorsqu’elle prend la décision de s’immiscer dans LE groupe de femmes qui régit le quartier le plus huppé de la ville et de les étudier : les mamans de l’Upper East Side.

Mais qui sont-elles ces femmes parfaites ? Elles s’habillent en 34, sont toujours tirées à quatre épingles et vous regardent de haut. De très haut si vous n’êtes pas des leurs. Leurs préoccupations, apparences mises à part : leurs têtes blondes pour qui elles recherchent les meilleures écoles privées, les amis les plus  » prestigieux  » ( on parle bien de petits bonshommes ou de demoiselles d’un mètre environ…) et organisent des fêtes d’anniversaire à plusieurs milliers d’euros. Elles se rejoignent à Aspen l’hiver, dans les Hamptons l’été, organisent tout au long de l’année des galas de charité entre deux séances shopping et gym.

Pression pression pression !!! Du matin au soir puis du soir au matin. Pour supporter ce rythme d’enfer les anxiolytiques et les verres de vin sont leurs meilleurs alliés.

L’Upper East Side y est décrit par l’auteure comme complètement aberrant pour quiconque n’y vit pas. Nous sommes dans un autre monde. Celui de la frivolité, de l’apparence et des priorités qui pour la plupart des gens qui peuplent notre monde n’en sont pas.

De prime abord du moins. Car Wednesday Martin établit des parallèles entre cet univers hors normes et…les premiers hommes et peuples dits primitifs. Une lecture intéressante. Bien plus profonde qu’on pourrait le croire dans lequel le lecteur aperçoit les failles de cette population peu ordinaire où les femmes et les hommes se côtoient finalement assez peu. Sauf lorsque les intérêts convergent. Les femmes y sont redoutables, apparaissent souvent impitoyables. Jusqu’à ce que l’adversité les unisse.

 

Charles Draper – Xavier de Moulins

Titre : Charles Draper

Auteur : Xavier de Moulins

Editions : JC Lattès – Livre de poche

Genre : Littérature française

Date : 10/02/2016 – 12/09/2018

Présentation

À la demande de Mathilde, Charles a quitté Paris et son appartement de la rue de Vaugirard pour s’installer à la campagne avec leurs deux filles, le rêve d’une vie. Une vie au vert, rythmée par ses allers -retours vers la capitale pour s’occuper de sa société. Le bonheur de Mathilde n’a pas de prix, tout le monde le sait, Charles ferait tout pour sa famille.
Alors pourquoi Mathilde est-elle de plus en plus distante ?
Est-ce le regret de Paris, de sa vie d’avant ? Le voisin, Clément, qui lui a montré la voie d’un ailleurs possible ? Ou bien ce reflet dans le miroir, ces quelques kilos en trop qui ont surgi sur la balance, ce profil d’homme mûr, moins ferme que dans leur jeunesse ?
Il y a forcément quelque chose. Si seulement Charles pouvait comprendre…

Apparence, apparences, mensonges et faux-semblants : chez Xavier de Moulins, les héros ont tous cette beauté éclatante, solaire, qui cache les plus noirs secrets

Auteur

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Xavier de Moulins est journaliste, présentateur du 19h45 sur M6 et de l’émission 66 Minutes. Depuis Que ton règne vienne, paru en 2014 aux Editions J.-C. Lattès, il explore les ressorts et les mécanismes du couple et de la famille dans ce qu’ils ont de plus moderne.

Mon avis

Un roman que j’ai lu d’une traite dans le train Marseille – Bordeaux.

Charles Draper, un homme avec des préoccupations de femme…!

J’avoue avoir pris plaisir à le voir se triturer l’esprit ce monsieur Draper  😉 Il veut raviver la flamme de son couple. Son épouse ne le regarde plus de la même façon et cette situation l’insupporte. Il est persuadé que les premiers signes du vieillissement en sont la cause et décide de faire de l’exercice physique, d’avoir une alimentation saine, une hygiène de vie draconienne. Charles Draper fait des efforts. Beaucoup d’efforts. Des efforts que peu d’hommes sont prêts à fournir…Malgré cela, son épouse est toujours aussi distante. Il la croit infidèle. Ses doutes virent à l’obsession. Il supporte de moins en moins d’être séparé de sa famille restée à la campagne quatre jours par semaine pendant que lui est bloqué à Paris avec sa société de déménagement. Le fossé entre Charles et son épouse se creuse chaque jour un peu plus.

Lorsque Charles est immobilisé après un excès de sport, whisky et cigarettes emplissent sa nouvelle vie. Depuis son canapé qu’il ne quitte plus, il peut observer sa femme de plus près. La tension monte. Charles Draper n’est pas au bout de ses surprises. Tout comme le lecteur…

Un dénouement absolument insoupçonnable. Carrément époustouflant qui m’a laissée bouche bée. Cette histoire ne fait que confirmer mes pensées : chaque être humain possède sa part d’ombre et renferme, à double tour, des secrets qu’il s’efforce à tout prix de garder. Une fois, ces secrets révélés, certaines personnes peuvent s’avérer machiavéliques.

On ne connaît jamais vraiment une personne.

Un roman agréable dans lequel le suspense ne manque pas. Une écriture simple sans fioriture. Mon premier de Xavier de Moulins que j’appréciais déjà beaucoup comme journaliste.

Une belle découverte que je dois à Caroline Noël du blog Carobookine. Merci Caroline ! 🙂

 

Qui a tué mon père – Edouard Louis

Titre : Qui a tué à mon père

Auteur : Edouard Louis

Genre : Littérature française

Editions : Le seuil puis 1

Date de sortie : 03/05/2018

Présentation

 » L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique.  »

Auteur

Edouard Louis

 Edouard Louis a publié deux livres, En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, qui ont été traduits dans une trentaine de langues et font l’objet d’adaptations théâtrales et cinématographiques. Il a créé la collection  » Des mots  » aux Presses Universitaires de France et donne régulièrement des cours et des conférences dans des universités américaines et dans de nombreux lieux culturels à travers le monde.

Mon avis 

Je découvre l’auteur avec cet opus. Un écrivain dont j’avais beaucoup entendu parler ; les qualités de sa plume m’ont souvent été vantées.

Je commencerai avec un petit bémol que je garde généralement pour la fin : je n’ai pas eu le temps de profiter de la belle écriture d’Edouard Louis dans ce tout petit livre qui compte un peu moins de cent pages. Si les émotions sont bien présentes à la lecture de cet affrontement père-fils, je déplore néanmoins que le plaisir ait été de si courte durée. J’aurais souhaité une analyse plus poussée même si, il est évident que, ce ne sont pas les intentions de l’auteur.

Parce que les mots sont bien choisis et le style percutant.  J’en redemande encore !

Il y a peu d’amour dans ce foyer et beaucoup trop de violences physiques et morales. L’enfant en souffre. Il n’en est pas le seul. Le père regrette parfois son emportement.  Mais sa colère semble faire partie de lui. Tout comme ses perpétuelles humiliations qu’il fait vivre à son fils. Un fils qu’il veut dur ! Qu’il veut homme ! Qu’il veut viril ! Un fils qu’il ne parvient pas à accepter tel qu’il est. J’ai eu le cœur serré à plusieurs reprises. Notamment lorsque le père se rend compte de sa façon d’agir.

La mère est presque inexistante. Les rares fois où elle s’exprime, elle se fond à la perfection dans le décor… Quelle tristesse !

Une descente au cœur du milieu ouvrier. Un environnement rude dans lequel les gens souffrent. Qui sont les responsables de cette misère sociale qui se répercute irrémédiablement dans les rapports familiaux ? Pas de point d’interrogation dans le titre. Il semblerait que pour l’auteur la question ne se pose même pas…

Helena de Jérémy Fel

Titre : Helena

Auteur : Jérémy Fel

Genre : Thriller

Edition : Rivages

Date de sortie : 22/08/2018

Présentation

Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire. Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent. La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue. Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial. Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres… Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire. Et il y a Helena… Jusqu’où une mère peut-elle aller pour protéger ses enfants lorsqu’ils commettent l’irréparable ? Après Les Loups à leur porte, Jeremy Fel aborde cette vertigineuse question dans une grande fresque virtuose aux allures de thriller psychologique.

Auteur

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Jérémy Fel a été scénariste de courts-métrages et libraire. Qualifié de  » fils spirituel français de Stephen King « , il travaille actuellement à l’adaptation de son premier roman. Les loups à leur porte ( pris du Polar en Série 2016 ) qui avait été accueilli comme la révélation de la rentrée littéraire en 2015. Helena est son second roman.

Mon avis

Un voyage atypique au cœur du Kansas.

La vie dans les zones rurales du sud des Etats-Unis n’est pas toujours de tout repos. La chaleur, les champs à perte de vue…et ce qui pourrait bien s’y cacher, les petites villes et leurs commérages. Bienvenue à Emporia. Les gens sont isolés. On s’y ennuie alors on y boit, on y fume, on passe le temps et parfois on finit par commettre des actes pas très catholiques. La plupart des habitants de cette bourgade ne rêve que d’une chose : la quitter. Sinon tous, les protagonistes du moins. Norma, la mère de famille courage dotée d’un instinct de survie remarquable puis ses fils Tommy et Graham. Si les deux premiers personnages n’ont que de vagues mais fortes envies d’ailleurs, Graham, lui, a un objectif bien précis : s’installer à New York avec sa petite amie et suivre des cours dans une prestigieuse école de photographie dans laquelle il vient d’être accepté.

L’ambiance tendue, parfois très tendue qui se dégage de ce roman est littéralement étouffante. Délicieusement étouffante. Car si j’ai trouvé quelques longueurs à la fin du premier quart du livre, j’ai très vite pris plaisir à suivre les personnages. Les événements ne sont pas toujours enchainé, néanmoins, l’atmosphère a su me saisir au point de me contenter. Je me suis retrouvée en clin d’œil au milieu des champs de maïs. Les pages se succèdent et je poursuis mon voyage en Amérique.

Chacun veut garder ses secrets. Mais ce n’est pas facile dans une petite ville…

Au cœur de l’histoire : les non-dits qui vont au fil des pages se révéler et prendre des proportions inattendues. Norma tente de faire face depuis des années à ce qu’est sa vie. Une vie qui ne ressemble en rien à ce à quoi elle aspirait en acceptant de fouler le sol du Kansas. Toutefois, en fermant les yeux sur certaines choses et en occultant les sujets les plus épineux, les jours passent et se ressemblent. Afin de mettre un peu de joie dans sa morne existence, Norma reporte ses actes manqués sur Cindy, sa petite fille au visage d’ange de huit ans. Le centre de ses attentions. Sans doute est-ce pour cette raison, pour sa façon d’agir avec sa fille, que j’ai été incapable de ressentir la poindre empathie pour son personnage. Elle l’aime c’est certain. Mais, à sa façon.

Ainsi Norma et sa famille vivent presque en marge de la société. En huis clos. Jusqu’à l’arrivée de Hayley….Certaines rencontres ne devraient jamais se produire. Elles donnent lieu à un enchaînement d’actes aux conséquences dramatiques et irréversibles.

Un thriller qui est aussi un roman de société sur la vie dans certaines bourgades rurales reculées du sud des Etats-Unis où l’ennui règne en maître absolu. Une histoire qui traite de multiples sujets. Lourds, très lourds. Pédophilie. Inceste. Et amour filial. Cet amour inégalable dont le manque ou, à l’inverse, le surplus peut commettre des ravages. Et bien sûr, une théorie qui se vérifie : une mère n’a pas de limite lorsqu’il s’agit de protéger ses enfants.

Le tout avec une noirceur implacable mais sans détails gores. Ce que j’apprécie grandement. L’auteur s’en tient à la dimension psychologique qu’il narre d’une plume de maître.

Petit bémol : j’ai l’impression d’être passée à côté du personnage d’Helena. Et vous ???

Un très bon moment de lecture alors que les pavés de 700 pages ne sont pas forcément dans mes goûts.